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Problématique du phylloxéra - essai de contribution au débat par Christian Renaudin


Les causes du phylloxéra, ou plutôt de sa nuisibilité, sont de toute évidence multifactorielles. Deux facteurs sont identifiés depuis longtemps ; la nature du sol et le patrimoine génétique des cépages.


On sait depuis des lustres que le phylloxéra ne cause pas de dommage aux vignes dans les sols sableux et qu’il n’aime pas trop les sols saturés d’eau en hiver.


On sait aussi que les vignes sauvages américaines possèdent des gènes qui leurs permettent de résister au ravageur au niveau des racines et qu’on peut en profiter soit par greffage sur des cépages résistants, soit par création de variétés hybrides entre vignes américaines, soit encore plus simplement en utilisant des cépages à 100 % américains.


Dans tous les cas de figure, il est important de noter qu’il ne s’agit pas véritablement d’une résistance, mais plutôt d’une tolérance. La preuve en est qu’aujourd’hui, malgré la quasi généralisation du greffage sur portes greffe-résistants, l’insecte semble toujours présent dans les sols viticoles. C’est donc bien qu’il arrive à se nourrir à partir de leurs racines, d’autant qu’on n’observe quasiment pas de galles phylloxériques sur le feuillage des cépages vitis vinifera greffés.


Le paradoxe de cette situation, c’est que disposant d’une solution on s’est affranchi de rechercher les facteurs pouvant influer sur le degré de tolérance.


La nature du sol

On peut sans doute écarter la piste de la submersion des vignes qui paraît difficile à mettre en œuvre sauf dans des situations particulières, sans compter que l’utilisation de grandes quantités d’eau n’est plus trop dans l’air du temps. Par contre une meilleure connaissance de l’influence du taux de sable dans les sols semble indispensable si on veut pouvoir tester d’autres facteurs. En effet si on les teste dans des sols très sableux où le phylloxéra ne cause pas de dommage on ne pourra rien observer et si on les teste dans des sols très favorables au parasite comme semble-t-il des argilo-calcaires des coteaux de Bourgogne ou d’ailleurs il est peu probable qu’on puisse trouver la solution miracle qui si elle existait aurait fatalement été trouvée depuis longtemps. Des cultures en conteneurs en faisant varier le taux de sable pourrait être le moyen de défricher la question.


Le degré de tolérance des cépages hybrides anciens ou récents

Certes on connaît d’anciens cépages hybrides qui peuvent être cultivés en franc de pied depuis des décennies et qui sont donc tolérants au parasite. Par contre on ne dispose d’aucun élément sur le degré de tolérance des hybrides récents et il y a un certain flou sur des obtentions anciennes. En gros, puisqu’on dispose de la technique du greffage pour contrer le phylloxéra, on se dispense de s’interroger sur la possibilité de cultiver certains cépages en francs de pied, au moins dans certaines conditions.


Le degré de tolérance des cépages de vitis vinifera

Il semble acquis que tous les cépages sont sensibles. Néanmoins, il faut se souvenir que lors de l’arrivée du parasite, les vignes européennes présentaient des fragilités :

- sols viticoles souvent très dégradés après des siècles de travail intensif avec des outils à main ou attelés (2 à 3 fois par an) et une fréquente absence de fumure organique. La faiblesse des rendements obtenus, plus proche des 10 hl que des 100 hl, témoigne d’une faible vigueur. Les fumures organiques étaient souvent vues comme dégradant la qualité et ont été parfois proscrites comme en Bourgogne. On peut aussi noter qu’il était acquis que les plantations devaient se faire derrière une défriche ou une culture et non après une ancienne vigne.

- plantation le plus souvent dans des conditions de culture difficiles, soit pour favoriser la qualité des vins, soit simplement dans le souci de cultiver des céréales partout ou c’était possible en réservant à la vigne les sols difficiles à cultiver ou trop pentus

- densité de plantation souvent très élevée favorisant forcément les contaminations

- circulation effrénée au moment de la contamination de cépages américains susceptible de transporter le parasite

- affaiblissement des vignes après des années de contamination par de nouvelles maladies telles l’oidium ou le mildiou. - techniques de taille globalement délétères aussi bien sur la circulation de la sève que sur la mise en réserve dans le bois. Dans beaucoup de vignobles, le provignage régulier était une pratique courante témoignant du mauvais vieillissement des ceps probablement du à la conjonction d’une faible vigueur et des pratiques de taille.

- à part certaines vignes en hautains, bien décrites en France par Olivier de Serres ou Jules Guyot, et très présentes en Italie et ailleurs, les conditions de cultures étaient très différentes du milieu naturel de la vigne qui est en gros une plante de lisière forestière sur des sols plutôt riches et profonds.


On ne peut donc pas exclure que dans des conditions plus favorables à la vignes certains cépages puissent extérioriser une certaine tolérance.


Si on se rapporte à l’épisode récent de la pyrale du buis, il est clair que dans un premier temps, son développement a été explosif partout, qu’il s’agisse de buis taillés ou libres, de buis plantés en parc ou jardin ou de buis de sous-bois. Mais manifestement après quelques années, la pression s’est affaiblie, avec sans doute moins de nourriture pour maintenir les populations et plus de prédation naturelle. Logiquement il doit en être de même avec le phylloxéra qui pourrait très bien, tout en étant manifestement toujours présent, être moins virulent.


Les clones de vitis vinifera

De la même façon on ne dispose d’aucune information sur d’éventuelles différences dans la tolérance des différents clones. Certes, on ne peut pas imaginer qu’une mutation adaptative puisse se sélectionner naturellement puisque ces mutations interviennent au niveau des méristèmes aériens. Mais rien n’interdit qu’il puisse exister des différences entre clones. On peut noter que les néo-zélandais viennent de commencer à tester les clones entre autre par rapport à la résistance aux maladies.

Une autre approche pourrait être la recherche de vignes dans les friches. Certes, la grande majorité de celles qu’on trouve sont des hybrides (ou des semis spontanés d’hybrides). Toutefois il est possible qu’il y ait aussi des Vitis Viniféra. C’est ce que m’a indiqué Denis Schneider qui a passé beaucoup de temps à observer les vignes dans les friches ou à proximité des habitations. J’ai cru comprendre également qu’en Suisse, un recensement des vieilles vignes présentes chez des particuliers avait été entrepris.


Les virus

Les vignes sont généralement virosées. Les viroses peuvent-elles interférer (positivement ou négativement) avec le parasite ? Aucune info ne semble disponible sur le sujet. Il serait sans doute possible de planter en franc de pied des sarments issus de plants ayant survécu au phylloxéra. Mais évidemment une réponse positive ne permettrait pas de trancher entre l’effet d’une virose ou celle d’un clone, ou d’une complémentarité entre les 2 facteurs.


Les mycorhizes

L’atteinte portant sur les racines on pourrait imaginer que les mycorhizes puissent influer sur la tolérance au parasite, soit directement en modifiant l’appétence des racines, soit indirectement en permettant la circulation de molécules provenant d’autres plantes.

Diverses manipulations pourraient être envisagées à ce sujet, comme l’incorporation de BRF dans les sols ou en conteneurs dans un premier temps. On pourrait aussi tester les sols des parcelles survivantes en franc de pied en utilisant les techniques d’analyse permettant de mesurer l’importance respective de l’activité des champignons et des bactéries, en sachant que la vigne en tant qu’espèce forestière est sans doute préparée à un sol riche en mycéliums alors qu’elle est généralement cultivée dans des conditions plutôt favorables aux bactéries.


Le mode de taille

Il semble acquis que les déséquilibres dans la composition de la sève sont un facteur favorisant insectes et maladies et que les bourgeons terminaux sont des régulateurs de l’affectation des ressources entre la pousse végétative, la mise en réserve et la fructification. De ce point de vue toute technique permettant de préserver leur rôle est positif. La méthode de taille Guyot telle que décrite par son initiateur en est une tentative. Les conduites plus libres en treille, en hautains ou d’autres encore vont dans le même sens. Toutefois cela ne peut pas être une méthode miracle. La quasi totalité des vignes en hautain a disparu en France après le phylloxéra ce qui veut dire qu’elles ne lui ont pas résisté et les lambrusques n’existent plus guère que dans les vallées alluviales du Rhin ou de la Marne, dans des conditions où la submersion doit être fréquente.


Le mode de plantation et le provignage

Certains textes comme par exemple la viticulture moderne de Chancrin font état d’une moindre virulence du phylloxéra quand on provigne une vigne greffée. Sur ce principe on pourrait aussi tenter d’enterrer à la plantation le point de greffe de manière à induire un affranchissement , comme cela se fait parfois sur les arbres fruitiers (exemple méthode Bouché Thomas).


Les associations végétales

Il est clair que la vigne n’est naturellement ni une plante de terrains nus (par le travail ou les herbicides), ni une plante de prairie de graminées comme cela se passe plus ou moins quand on passe à l’enherbement. Reste à identifier les associations qui pourraient être bénéfiques tout en étant attentif à la question des mycorhizes car il est possible qu’elles soient nécessaires au passage de molécules d’une plante à l’autre.


Les auxiliaires

Ils sont potentiellement de plusieurs catégories, comme les acariens prédateurs, les petits carabes, et sans doute aussi les syrphes et autres insectes similaires qui associent une vie larvaire prédatrice et une vie adulte sur les fleurs avec une importance particulière des ombellifères. Reste à identifier les conditions permettant à la prédation d’être suffisamment efficace.


En conclusion, une approche multifactorielle est indispensable. Mais elle devrait débuter par l’identification d’une nature de sol présentant des caractéristiques intermédiaires quant à la sensibilité au phylloxéra de manière ensuite à pouvoir tester avec quelque chance de succès des facteurs particuliers, que ce soit en conteneurs dans un premier temps, ou ensuite au champ.


Christian Renaudin, pour l’association Les Vieilles Branches, mai 2023.

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